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Compte rendu de la conférence Luxe "Le beau pour tous" au musée des Arts Décoratifs du Louvre
Mardi, 18 Mai 2010 08:13

La conférence du 3 décembre était une rencontre autour du livre « Le beau pour tous », consacré à Maïmé Arnodin (1916-2003) et Denise Fayolle (1923-1995) et paru aux Editions L’Iconoclaste.

Au Jardin des Modes, à Prisunic puis dans leur agence de publicité Mafia, ces pionnières du style ont fait appel aux plus talentueux graphistes, photographes et designers pour mettre du « beau dans l’ordinaire » et irriguer l’industrie et le commerce d’un esprit de création. L’auteur Sophie Chapdelaine de Montvalon a réuni près de 300 documents inédits issus d’archives privées, notamment ceux de Peter Knapp, Emmanuelle Khanh, Guy Bourdin, Roman Cieslewicz et Jean-Michel Folon. Terence Conran, fondateur d’Habitat, le photographe Peter Knapp et la journaliste Claude Brouet, sont intervenus sur ces deux femmes libres et sur leur démarche visant à faire « la navette entre la fantaisie et la raison » pour faire descendre le style dans la rue, le démocratiser sans en entacher la beauté et aiguiser notre regard sur la beauté des objets quotidiens.

Claude Brouet, ancienne directrice de Elle magazine  mais également fondatrice d’une ligne de prêt à porter pour Hermès est revenue sur le parcours extraordinaire de ces deux femmes qui étaient Maimé Arnodin et Denis Fayolle. Elle expliquait qu’elles avaient voulu comprendre comment dans la France d’après guerre l’esthétique s’était fait une place dans la vie quotidienne. C’était un combat de tous les jours contre la laideur, essayer d’effacer les horreurs de la guerre. Elle se sont donc toutes deux demandées pourquoi une chose belle devait nécessairement être chère. Elles ont voulu introduire des lignes simples et épurées, et apporter de la création , elles possédaient toutes deux de fortes personnalités.

À cette époque le Prêt à porter était en train de naître, il y eut des regroupements de confectionneurs et  il était toujours inspiré de la Haute Couture qui était protégée. Ce prêt à porter n’était pas très créatif mais devenait de mieux en mieux.

Le style des années cinquante est inimitable : juke-box et rock’n’roll, motifs géométriques des papiers muraux, tables recouvertes de Formica, pieds de chaises tubulaires. C’est le monde des jeunes gens qui ne sont pas encore intégrés à la société que construisent leurs parents. Après les années de privation de la guerre, la société de consommation apporte le progrès et l’espoir. La jeunesse de tous les pays d’Europe occidentale accueille avidement les plaisirs liés au style de vie venu des Etats-Unis.

A la fin des années cinquante, le mot « beatnik » commence à faire son apparition. Alors qu’aux Etats-Unis ce mouvement a une connotation intellectuelle (avec le refus de « l’American way of life »), en arrivant en Europe le mot ne conserve plus que son implication vestimentaire. L’uniforme qui caractérise le « beatnik » se compose d’un blue-jean et d’un blouson. Le fait important est que ces changements vestimentaires s’appliquent tout autant aux hommes qu’aux femmes. On ne vit plus de la même façon. La jeunesse est devenue une classe d’âge économiquement et culturellement autonome. Elle a de l’argent de poche. La durée des études a augmenté ainsi que le nombre des étudiants. Bref, la jeunesse se révèle être une « classe sociale » avec son esthétique propre et ses modes de vie. Cette évolution a atteint les classes moyennes, qui contribuent de ce fait au lancement d’un style. Car si la haute couture vise la perfection, le style c’est d’abord la spontanéité créative, l’idée de l’état brut, l’apport subit d’un nouveau tissu, d’un nouveau coloris, d’une nouvelle forme. A la croisée de cette évolution Maïmé Arnodin a détecté une nouvelle génération de stylistes dont un en particulier: Gérard Pipart, qui s’est fait connaître en couture par la maison Nina Ricci et en travaillant également pour Chloé.

Le prêt à porter restait toujours très cher. La rencontre entre Maimé Arnodin et Denise Fayolle a été la clé d’un énorme succès et a duré des années. Maimé Arnodin a ouvert un bureau de style avec des vêtements accessibles à tous. Elle était soucieuse d’apporter de beaux vêtements de bonnes qualités et peu coûteux. Elle les présentait à Prisunic une châine commerciale que l’on pourrait comparer de nous jours à Monoprix, et ensuite Claude Brouet les proposait aux lectrices de Elle magazine.

Peter Knapp un autre invité très prestigieux présent lors de la conférence est un photographe, graphiste, peintre, cinéaste et vidéaste Suisse. Il a été directeur artistique du Nouveau Fémina et des Galeries Lafayette, directeur artistique du Journal Elle à la fin des années 50 et a travaillé pour de nombreux autres magazines féminins tels que Vogue, Stern, Sunday times, Fortuna, sans compter les nombreuses expositions photos qu’il a effectué. Arrivé au journal Elle en 1960 où les reproductions de mode étaient encore des dessins et pas des photos, Peter Knapp nous raconte que dans ces années là, les maîtres absolus qui terrorisés étaient les couturiers. C’est à partir des années 60 où les photographes de mode sont devenus plus libres et à partir des années 70 les models devenaient les vedettes, non plus les photographes.

Ce souffle de jeunesse qui régnait sur la mode a cette époque a rendu les vêtements plus confortables c’était un mouvement formidable et très enthousiaste avec par exemple l’arrivé du bermuda de Denise Fayolle ou encore des premiers jeans comme mentionné auparavant. Les lectrices des magazines féminins réagissaient très bien à tous ces nouveaux genres de vêtements. Dans les années 50-60 les maisons de Haute Couture présentaient leurs défilés dans leur propre maison, calmement et c’est devenu dans les années 70-80 un véritable show médiatique. En créant un cahier de coloris Maimé Arnodin voulait que les industriels s’en imprègnent et que ça influence les créateurs.  La marque que Maimé Arnodin et Denise Fayolle avaient crée s’appelait Prisu et était une certaine partie de la collection Prisunique. C’était une mode sans prétention, ni détails inutiles, c’était très tonique comme par exemple les pulls en Shetland c’était simple et très gai. Dans le magazine Elle, on avait envie de liberté, de porter un vêtement qui aurait une influence sur les photographes.

Le Dernier invité de marque de cette conférence était Sir Terence Conran, créateur, designer de meubles et entrepreneur Londonien très réputé, fondateur de la société Habitat. Il a évoqué sa rencontre avec Denise Fayolle et Maimé Arnodin de manière très anecdotique et a insisté sur le fait que faire leur connaissance avait eu une énorme influence sur son travail et sur sa collection à Londres. Leurs idées venaient du courant artistique allemand, le Bauhaus. La marque Prisu a remporté un très gros succès et a su gagner le respect et la fascination des créateurs, designers, photographes, détaillants et industriels de l’époque. Elles sont aujourd’hui encore un modèle de réussite et d’innovation aux yeux de tous, et ne cessent d’influencer les jeunes designers.

Hartmann Nadège et Yin Fangxiong
3ème cycle Management des Entreprises du Luxe et de la Mode, promotion 2009
Paris ESLSCA Business School

 

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